Cryptos, piège à Gogo ? – Part 3 : les NFTs

Un NFT est un Non Fungible Token (t’en va pas tout de suite) : c’est un jeton non fongible, en terme plus clair, c’est un objet digital unique.

En gros, c’est un élément qui n’existe que virtuellement MAIS qui est unique (il n’y en a qu’un et il n’y en aura qu’un seul).

L’analogie la plus facile est celle d’une oeuvre d’art : la couverture de l’album “Tintin et les Picaros”. Il existe un exemplaire unique de l’original dessiné par les studios Hergé. La valeur vient du fait que cette planche originale est unique. Celui qui détient cette planche possède quelque chose qui a plus de valeur que la reproduction ci-dessous, même si c’est exactement identique.

Pour simplifier, disons que la planche originale est l’équivalent d’un NFT. Si je détiens ce NFT, j’ai plus de valeur que quelqu’un qui a acheté un album à la librairie ou que quelqu’un qui a copié/collé l’image.

Le ‘numéro de série’ de mon NFT est stocké dans la blockchain (le système sur lequel tourne l’univers crypto pour simplifier) et comme le système prendrait trop de ressource à violer, tu es certain que ton NFT est unique et ne peut être falsifié. Tu peux d’ailleurs afficher son adresse (le numéro de série), personne ne peut te le prendre ; dans le même temps, tu peux prouver que c’est bien en ta possession.

Et là, tu penses qu’on s’en bat les steaks ?

Et bien non : c’est la PREMIERE fois qu’il y a quelque chose d’UNIQUE sur Internet. Une image, un site Internet, une musique, tout ce qui est digital peut être copié et reproduit. Tout, sauf un NFT.

Voilà le changement majeur du NFT : un objet digital dont tu peux t’assurer du caractère unique. Mais ce n’est pas tout, si le NFT de la planche originale de Tintin m’appartenait, je pourrais décider de créer (on dit minter) une autre série limitée (disons 10 exemplaires) que je pourrais vendre. Mais uniquement si le contrat lié à mon NFT le permet. Ah oui, parce que la plupart des NFT sont liés à un contrat numérique (smart contract) qui décrit certaines règles.

OK, so what ?

Tu détiens une série de chiffres, la belle affaire… Un NFT est un certificat de propriété digitale, mais pas seulement. Voici 2 applications rapides

1/ La valeur dans le temps

Lors de sa création et de son stockage dans la blockchain, le contrat (les règles liées à ce NFT) a été stocké aussi.

Disons donc que j’ai payé ce NFT un prix de 100 (€, $, roupies, on s’en fout). Les 100 (moins les frais de création (les gas fees)) sont allés à celui qui a créé le NFT. Bien.

Maintenant, disons que je le revends dans 1 an à un prix de 200. Et bien, si le smart contract lié au NFT stipule que 20% de chaque transaction revient à l’artiste, l’artiste va toucher 20% de la plus-value.

Et là, c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’un artiste touche quelque chose quand son travail prend de la valeur.

Jusqu’ici, un artiste touchait une fois : quand son premier acheteur le payait. Ensuite, quand l’acheteur revendait l’oeuvre, l’artiste ne touchait rien. Des intermédiaires (galériste, marchant d’art), eux, touchaient leur commission. L’acheteur d’origine aussi empochait la plus-value. Et l’artiste : nada.

Comme le NFT est numérique, tu peux mettre bien plus qu’une image. Tu peux mettre ce que tu veux.

De la musique par exemple

On vient de trouver un moyen de rémunérer un artiste, sans passer par un intermédiaire (SACEM, agent, major…)

Poussons le concept un petit peu plus loin

2/ La rareté

Disons que tu es un groupe de musique. Tu vas lancer ton nouvel album et tu veux remercier tes fans de la première heure, ceux qui ont cru en toi dès le début. Tu crées une série de 1000 NFTs dans lesquels tu vas mettre une musique et d’autres avantages (une rencontre, un vinyl dédicacé…). Tu les donnes (ou tu les vends) à certains fans. Ils vont ainsi profiter des avantages. Et, s’ils le souhaitent, ils vont revendre ce NFT. Et s’ils le revendent alors que le NFT est devenu culte (un peu comme un ticket du concert des Stones à l’Olympia en 1964), l’artiste touche une partie de la plus value, de manière complètement automatique.

C’est le principe qui a mené à la création, par exemple, dans le domaine de l’art à trois univers :

  • Crypto kitties (2017) – tu achètes un chat virtuel que tu fais grandir. C’est un jeu, un genre de Tamagochi.
  • Cryptopunks (2017) – tu achètes une tête de punk unique (10,000 déclinaisons*), c’est une preuve de statut (j’étais dans la crypto en 2017… ou alors je suis blindé)
  • Bored Ape Yacht Club (2021) – tu achètes une tête de singe unique (10,000 déclinaisons*), cela te fait rentrer dans un club select et fermé (10,000 membres)

* une déclinaison c’est parce que chaque élément est différent (une boucle d’oreille en plus, une couleur différente, une coupe de cheveux)

Et je n’ai montré qu’un petit aspect des NFTs, on parlera de leur utilisation dans les univers virtuels (les metavers) une prochaine fois.

Imagine maintenant ce que tu peux faire de certificats d’authenticité qui se gèrent tout seul, inviolables et dont l’historique peut être tracé, le tout sans intervention humaine… rapproche cela des univers de l’immobilier, des arts en général, de la fidélisation et tu as juste un aperçu de ce qui peut être fait

A noter : la France est assez en avance sur ce domaine, des boites comme sorare (collectibes) ou lacollection (art) se sont lancées.

Tu te souviens du film Sugar Man ? Un chanteur qui ne savait pas qu’il était une star en Afrique du Sud et qui n’avait jamais touché un $ sur la vente de ses disques. Et bien, s’il avait édité des NFTs sa vie aurait été différente, il n’aurait pas fini sans le sou…

Tu me diras, à l’heure d’Internet, son histoire n’aurait pas pu arriver…