Au final

6 h à l’aller sur un siège d’avion
46 jours au retour, entre la Martinique et Marseille

Une transatlantique sur un bateau

J’étais parti (cf chronique précédente) avec l’envie d’apprendre à naviguer et avec l’inconnu comme guide : un bateau sportif (pourquoi pas), limite spartiate (on verra bien).

Bref : pas préparé.

Pas d’attente.

Pas de peur particulière.

Se laisser porter.

Aux Açores, aux 2/3 du trajet, alors que ce n’était pas prévu, 3 passagers sur 4 ont décidé d’arrêter. J’étais le dernier. À ce moment, il fallait changer de bateau, la sécurité primant sur le reste. À ce moment, je me suis dit que j’allais faire confiance aux rencontres. Après 3 jours à arpenter le port d’Horta, le doute est arrivé : il va donc falloir arrêter.

Et puis non.

Un autre voyage a débuté.

Complètement différent. Avec des personnes qui auraient pu être des amis de longue date. Sur un bateau très confortable.

Cela n’a pas empêché l’imprévu : la schnouff en petits paquets blancs qui dérivent, les orques, le détroit de Gibraltar, une arrivée au Frioul.

Tout cela a finalement été possible grâce à deux éléments : le temps et les rencontres. C’est parce que passer une semaine à Horta m’était possible et parce qu’arriver à Marseille mi-mai était envisageable que je me suis laissé porter.

Cette traversée est surprenante. Se laisser surprendre. Se laisser faire. L’école du stoïcisme.

Ce que je retiens

  • Tout peut arriver.
  • La grâce, la sérendipité, appelons cela comme on veut, existe : les heureux hasards sont possibles.
  • Chercher la maîtrise est vain (en météo comme ailleurs).
  • L’expertise ne prévaut pas sur le leadership : Cédric, le skipper du premier bateau, est compétent, mais en ne prenant pas le leadership alors que son équipage le demandait, la situation lui a échappé.
  • Prendre le temps. Bien sûr, nous avons tous des rendez-vous prévus, des engagements. De mon côté, la chance d’avoir des enfants adultes autonomes. Pas de job salarié qui réclame une présence physique.

Et quelques considérations marines :

  • Si le monocoque est considéré par les voileux comme le seul « vrai » bateau, le catamaran correspond beaucoup plus à ma vision du voyage. Convivialité, partage, confort.
  • Une traversée ne revêt, à mes yeux, pas grand intérêt, si ce n’est le côté réflexif et méditatif. Même sur le plan maritime, c’est tout de même répétitif.
  • Ne rien avoir à faire que lire, rêver, écouter de la musique a un effet méditatif. Ce qui est intéressant d’ailleurs, c’est que ce processus semble toujours suivre la même séquence : au début, les remises en question, la colère, le questionnement. Puis vient l’acceptation. Ensuite, l’imagination du futur, des plans. Puis détruire ces plans, se rendre compte de leur caractère parfois vain et absurde. Et puis, enfin, accepter, se demander comment on peut aider, comment on peut progresser.

Et à l’heure où j’écris ces lignes, le premier bateau est quelque part entre les Açores et l’Europe…

P.S. : le mec se prend pour Redford dans All Is Lost. On aura tout vu…

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