Wolfgang – le poids de nos peurs

Compostelle. Saint Jean Pied de Port, l’étape mythique des Pyrénées.

La caractéristique : ça monte pendant 20 bornes.

Rencontre avec Wolfgang la veille de l’ascension. A la retraite, sportif et habitué des randonnées.

6h, au moment du petit dej, je vois son sac. 

Quand tout à coup, c’est le Drame.

Wolfgang a un sac plus haut que lui, au moins 80 litres. Plus une tente. Total : 14 Kg. Plus la tente.

Petit cours pour toi (je fais le malin mais je ne savais pas) : quand tu pars marcher, le conseil est que le sac ne fasse pas plus de 10 à 12% de ton poids.

Wolfgang doit faire 80 Kg, deux fois la dose si je compte la tente (21%).

Cela s’annonce rock and roll.

Comme il me demande mon avis, je hasarde : « la tente ne me semble pas nécessaire ». Il se tourne vers nos hôtes qui confirment qu’une tente n’est pas utile sur le Camino Frances (la partie espagnole du chemin de Saint Jacques). 3 Kg de gagné et un enfant ravi de sa nouvelle cabane.

Et nous voilà partis.

Pour 400 m de faux plat.

Il est 6h40, nous marchons depuis 15 minutes.

Wolfgang s’arrête.

Il est tout rouge.

Il tient ses cuisses à pleines mains, est courbé en avant et transpire pas mal.

Ça va piquer.

Deux heures plus tard, Wolfgang me regarde et me dit qu’il est trop lent, que je n’ai qu’à le laisser là.

« On a commencé ensemble, on finit ensemble ».

Cela laisse le temps de regarder le paysage, magique.

Nous repartons, il jette un truc ou deux dans une poubelle et commence à trouver que son sac est lourd.

Me demande le poids du mien (6 Kg).

Devient Bleu.

C’est reparti.

Arrive Orisson. C’est à peu près à la moitié… de la montée.

Wolfgang commence à défaire des trucs.

La lessive, c’est utile ? Non Le déo ? Non plus. Les 2 kgs de bouffe ‘au cas ou’ ? À la benne.

Non, les crocs, tu gardes. C’est utile et ça ne pèse rien (et puis un Allemand sans crocs… ce n’est plus pareil)

5 T Shirts en coton ? Bah, non c’est pas utile. 3 pantalons… non plus

Une fois un peu de tri fait.

Nous repartons. 

Après Orisson, il n’y a plus le choix : passer le col et dormir à Roncevaux.

Wolfgang m’explique alors qu’il a besoin de tout le contenu de son sac “au cas où”.

Ce n’est pas un manque de préparation, c’est de la peur.

Et quand tu portes ta peur, tu avances moins vite.

Arrivée à 19h au refuge de Roncevaux. 12h de marche

« On se retrouve dans 20 minutes pour une petite bière » me lance-t-il, soulagé.

« Je vais peut-etre enlever quelques objets de mon sac. »

Je ne le retrouverais que le lendemain sur la route.

Il s’est écroulé sur son lit.

Comme nous avons continué à nous croiser, j’ai vu la taille de son sac fondre avec le temps. Il a dû finir avec moins de 10Kg.

Tu portes tes peurs. Mais quand tu les portes vraiment, physiquement, tu apprends à t’en défaire. Ou a les assumer.

J’ai échangé avec d’autres pèlerins. Pour certains, c’est l’eau. Pour d’autres les maladies (et donc des trousses de médocs maousses), pour d’autre c’est la peur de l’odeur (donc plus de fringues). Pour d’autre, le désir de plaire (avec des chaussures compensées et du maquillage (si,si)). Il est vrai que quand tu es face à ton sac, tu prends un peu de recul, tu réfléchis si tu as vraiment besoin de tout le poids de ta peur. Comme un oignon a qui tu enlèves ses peaux, tu abandonnes tes peurs au fur et à mesure au bord du chemin

Ma peur à moi, ce sont les chiens. Du coup j’avais un bon gros bâton, aussi gros que ma peur des chiens… C’est te dire. Beaucoup m’ont dit que je trimballais un arbre.