Chroniques

Ultreïa – 3 jours sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle

Non, je ne deviens pas mystique et le séjour passé dans le monastère n’est pas lié… quoique… j’avais fait les 8 kms entre Ligugé et Poitiers à pied, histoire de me remettre dans la civilisation plus doucement.

Et l’idée a fait son chemin.

J’avais entendu parlé du Chemin de Saint Jacques de Compostelle. Etant tout sauf sportif, ce n’était pas trop dans ma ligne de mire. Mais, quand j’en ai parlé avec mon ami Karim, nous avons pris date.

3 mois de marche et 1500 kms – et nous 3 jours… 

Le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle est l’un des plus anciens pèlerinage puisqu’il aurait démarré en 834. Le GR65 (parcours le plus traditionnel et le plus beau parait-il) part du Puy En Velay et va jusqu’à Santiago de Compostella, en Espagne, quelques 1,500 kms plus loin. Il se fait à pied (ou à cheval ou avec un âne, il n’y a pas de règle, même si 95% le font à pied). Les plus téméraires le feront d’une traite (compter presque 3 mois de marche à raison de 30 kms par jour), beaucoup le font par petit bouts, en plusieurs années.

Le Chemin est fait pour beaucoup de raisons différentes (et d’ailleurs pas forcément religieuses, en tous les cas pour tous ceux que nous avons croisés). C’est un parcours, presque initiatique et vraiment une ambiance très particulière que nous ne soupçonnions pas.

Seulement un petit sac à dos avec tout pour tenir 3 mois. Et, si on suit le truc, on brule tout une fois arrivé à Saint Jacques…

Vraiment un parcours spécial. Récit.

Alors, comme nos agendas ne nous permettaient pas de faire une pause de 3 mois, on s’est lancé dans 3 jours. Direction Décathlon (un magasin sympa dans lequel je ne vais jamais. Pour moi, le secret c’est le sport, comme le disait Churchill, jamais de sport). Donc équipé de pied en cap, avec

  • de belles chaussures,
  • un sac à dos de 30l,
  • des chaussettes de marche (trèèèèèèès important),
  • un pantalon qui sèche vite,
  • des T-shirts aussi techniques que peu seyants sur moi (je l’ai dit, jamais de sport)
  • une veste de pluie

Train matinal jusqu’au Puy En Velay, tout début Avril (il neigeait la veille). Bon alors, autant prévenir, avec l’ami Karim, on n’a pas vraiment brillé par notre organisation : nous avons bien fait rire tout le monde.

Notre train avait du retard, donc arrivée tardive au Puy (14h30). On s’arrête pour manger un morceau et se donner du courage. Aucun des deux n’avait préparé donc on cherche le chemin sur Google Maps…. et on se paume. Demi-tour après 1 ou 2 kms, on demande notre chemin (si si) et on rebrousse chemin. Je pense que nous avons dû être les 2 seuls pèlerins à ne pas trouver le départ. Bref, on est en route sur le chemin. Il est 16 heures. Un peu prudents quand même nous avions réservé la nuit à Saint Privas, la première étape traditionnelle. Appel pour prévenir qu’on ne va pas arriver tout de suite. Question du proprio : « vous êtes ou ? » « On est parti du Puy, Google dit 4h 30 de marche » et notre interlocuteur de corriger : « ca sera plutôt 6 heures et les autres pèlerins ne vont pas trop tarder, donc va falloir trouver une solution : je viens vous chercher en voiture à St Christophe sur Dolaison ». Oups. On marche les 2 heures pour arriver au village et on attend dans un troquet. Bon, voilà, c’est dit : nous avons marché 2 heures et on a fini en voiture. Mais on a bien marché.

Arrivée au gîte, on tombe sur une Coréenne et 3 Autrichiens qui, eux, se sont pris la pluie et sont plutôt crevés. Nous allons jouer les traducteurs, cela rattrapera le coté touriste (ou pas).

Le truc sur Le Chemin c’est que chacun transporte son sac (pour 3 mois) et je savais qu’il ne fallait pas avoir trop de vêtements. Du coup j’ai oublié la serviette… ce qui a (encore) fait beaucoup rire. Bon, Karim, lui n’a pas de sac de couchage, il a dormi dans les couvertures.

Diner tous ensemble avec discussions à bâtons rompus. Nos hôtes ont fait le chemin et ont ouvert leur gite aux pèlerins avec un esprit complètement El Camino : si un pèlerin n’a pas les moyens, ils l’accueillent quand même, sans que personne ne sache qu’il n’a pas payé (30 € gite et couvert). Premiers échanges avec les autrichiens : un frère est venu accompagner sa soeur 4 jours puis repart. La soeur a pris un an de congé sabbatique pour faire le chemin (elle a déjà fait 1500 kms (distance Autriche – Le Puy). Et la Coréenne ultra équipée avec un anglais approximatif qui nous explique qu’elle vient de Séoul. Les discussions ne tournent pas autour de ce que tu fais dans la vie, ca change du quotidien où souvent chacun est défini par son métier. Tout le monde rit de notre absence d’organisation (du style : « vous avez prévu de la nourriture au moins ? » (non, bien sur, on n’a rien, même pas un couteau suisse)). Et nous apprenons les quelques essentiels :

  • le Dodo Miam-Miam (guide des hébergements)
  • nous sommes parmi les premiers à prendre Le Chemin car il neige encore (avant le week-end de Pâques ; le gros des pèlerins arrive à Pâques et surtout en Mai / Juin)
  • les bâtons de marche sont une très bonne idée
  • non, il ne faut pas démarrer avec des chaussures neuves (surtout pas)
  • le package minimum c’est 2 T-shirts, 2 pantalons (1 le jour, 1 le soir), 3 paires de chaussettes (qu’il ne faut pas laver parait-il (!!)), deux polaires, un sac à dos léger (avec sa housse de pluie), une veste de pluie, une serviette de bain Décathlon, un sac de couchage CHAUD et … ya basta. Avec cela il est possible de tenir 3 mois (autant dire que nous avions pris beaucoup trop pour 3 jours),
  • tout une organisation s’est mise en place autour (avec une société qui peut convoyer les sacs d’un gite à l’autre)

Départ le lendemain matin, une vraie journée à marcher et de nouvelles rencontres. Et le surlendemain idem. Encore des rencontres humaines, le tout sur fonds de paysages sublimes.

De belles personnes, des parcours de vie et une chose que j’avais oublié : de la générosité. Les gens sont sympas, ouverts, échangent, se retrouvent d’une étape à l’autre, se rencontrent (aussi efficace que Meetic parait il, les ampoules en plus).

Alors effectivement, nous avons un peu fait « les Charlots 3 jours sur le chemin » mais cela nous a donné envie de revenir et de le continuer. En famille, pourquoi pas (à partir de 10 ans, c’est faisable). Se donner du temps pour vivre à un rythme différent, passer du temps avec soi et avec les autres, sans calcul ni autre objectif qu’avancer vers son objectif, que ce soit 3 jours ou 30 jours.

C’est une expérience assez magique, que je conseille à tous. Comme c’est assez perso, je me suis cantonné à des descriptions, Le Chemin se vit plus qu’il ne s’explique.

 

Ultreïa, l’explication de l’expression des pélerins pour tenir le coup

Alors, littéralement, cela voudrait dire « Aide-nous, Dieu, à aller toujours plus loin et toujours plus haut ». On a commencé à l’entendre à quelques étapes. C’est vrai que c’est dur ce Chemin… Physiquement et mentalement.

Quelques liens :