Chroniques

This is the end – le dernier jour

Ce qui s’est passé

Je fais un bilan annuel obligatoire pour l’assurance. Toute une batterie de tests pour que notre l’assureur soit certain que je suis en bonne santé avant de me promettre de prendre en charge quelque problème éventuel (quel beau métier). Bref, prise de sang et tout le toutim. J’attends tranquillement les résultats, qui n’arrivent pas au bout d’une semaine. Pas inquiet, je me dis que le médecin m’a oublié. Je lui envoie un SMS pour me rappeler à son bon souvenir. Réponse 6 heure plus tard :

Un peu laconique. Et, même si je ne suis pas d’un naturel inquiet, ce message fait gamberger. Et là, sur ma playlist aléatoire, passe « J’arrive »  de Brel (oui je sais, j’ai une playlist pas toujours joviale).

Et là, l’esprit s’emballe.

Je suis sur que cela t’est déjà arrivé. Et si… si le médecin voulait me parler, un Samedi matin, pour m’annoncer :

  • “on a refait les analyses, vous avez 3 mois”
  • “on a refait les analyses et le laboratoire a trouvé ….”
  • “il faudrait que vous reveniez me voir Lundi, il y a des résultats douteux”

Bref, la machine a imaginer le pire se met en route.

  • « OK, il y a une situation, je fais quoi ? »
  • En parler ? Ou Pas ?
  • Préparer ? Vivre plus ? Que reste-t-il à faire ?
  • Ai-je bien fait ce que je voulais ?
  • Et si j’avais 3 mois, que ferais-je ? Qu’arrêter ? Que lancer ? Qui voir ? Qui ne plus voir ?
  • Que dire ? Que raconter ?
  • Quelle image vais-je laisser à mes filles, que leur dire ? Et ma femme ? Tout ces trucs que je voulais transmettre… et si peu de temps.

Reviennent en tête deux films sur la façon de le prendre. Mode « Deux jours à tuer » avec Albert Dupontel

ou mode « Homme, Femmes, mode d’emploi » ce Lelouch avec Tapie et Luchini ?

La gamberge continue…

La nuit arrive. Le matin aussi. Levé plus tôt qu’à l’accoutumé.

Et puis merde.

Si on doit me mettre dans le trou demain, finalement j’aurais fait ce que je voulais. Evidemment, plein de choses que je n’ai pas eu le temps de faire. Je repense à ce que disait Steve Jobs : savoir que la fin est proche lui a permis de se focaliser. Du coup je me dis que c’est ce que je fois faire : focus sur ce que j’aime faire. Continuer de passer du temps en famille, essayer de transmettre les valeurs utiles aux filles, et continuer de découvrir et apprendre. Tiens, c’est ce que je fais ;

Bon et bien alors je continue.

Finalement, c’est ça. Et le dire ? ou pas ? autant ne rien dire et passer du temps de qualité.

Je repense à mon ancien boss d’Accenture, Pierre Nanterme, mort à 59 ans. Il aura fait progresser comme peu de dirigeant une boite gigantesque. Je ne le connais pas en privé. ; j’aime à penser qu’il a pu mener à bien ses projets familiaux avec autant de réussite ; sinon à quoi bon ?

Et puis finalement, si tout doit s’arrêter prochainement, certes je me dis que je vais me battre pour que cela dure le plus de temps possible mais bon et bien je dois l’accepter et trouver des parades. Je repense ainsi à plusieurs auteurs qui matraquent souvent « C’est ta responsabilité » : « The time is always right to do what is right ».

Bon alors je continue après cet examen de conscience.

Et si d’aucun se demande ce que le toubib m’a dit : « je voulais vous avoir au téléphone car on a perdu votre échantillon pour l’analyse sur le tabac, je suis désolé de vous demander cela mais pouvez-vous venir le refaire?? »

Tout ça pour ça dirait Lelouch.